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Yves Carini, un été parisien

By 24 janvier 2020juillet 2nd, 2024Articles de presse

Le batteur de Diana Krall (Jeff Hamilton, pulsation swing sans chichis), le guitariste d’Oscar Peterson (Ulf Wakenius, sûreté et finesse du trait), un contrebassiste « in demand » depuis des lustres (Pierre Boussaguet, toujours précis, juste, chalereux, de Ray Brown à Dee Dee Bridgewater en passant par Monty Alexander), un pianiste « franco-danois » d’expérience (Niels Lan Doky, distilleur de lumières harmoniques, toucher distingué) : avoir la chance d’être accompagné par des musiciens de ce calibre, c’est placer la barre très haute, ne s’autorise aucune facilité. On ne triche pas avec ces messieurs. Ca tombe bien : Mister Carini est un artiste exigeant. Mister Carini chant le jazz not in english but en français. Ne cherchez pas de comparaisons, même désobligeantes (« variét’ jazzy facile ? » : vous n’y êtes pas) : ce garçon prend son affaire très au sérieux, et affirme avec élégance un style qu’on dira « natkingcolien », ce qui ne l’empêche pas d’évoquer de-ci de-là la manière d’un Gorge Benson, se retrouvant alors sur les terres ensoleillées du Salvador d’Un jardin d’hiver (la classe).

Pour un premier disque, « Un été parisien » n’est pas du genre bâclé ni « carte de visite » : c’est un vrai disque, bien produit (bien pensé), où chaque chanson succède à l’autre en douceur – fluidité, naturel. Carini chante pour l’autre, respecte l’auditeur, le prend en considération, et veille à chaque instant à se faire entendre avant de s’écouter. Aucune faute de goût, rien pour faire sourire et se dire qu’il aurait dû swinguer en anglais dans le texte : ses mots d’ici épousent avec grâce les atours swing et ses mélodies, son phrasé recadre soft quelques standards « terroirs » – belle reprise du Cimetière des éléphants d’Eddy Mitchell. Bref : du charme, du style, de l’intelligence. Carini ira loin, et sa belle maîtrise ne le fera sans doute pas aller plus vite que la musique. De soleil en soleil est notre tube de l’été – je sais, c’est l’automne, mais tant pis.

Par Matthieu Devert

2005.10 Jazz Magazine Yves Carini

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