In the Wee Small Hours est l’album que Frank Sinatra publie chez Capitol en avril 1955 : seize ballades arrangées et dirigées par Nelson Riddle, enregistrées à Hollywood entre mars 1954 et mars 1955, et pensées comme un tout plutôt que comme une suite de singles. Il est souvent cité comme l’un des premiers albums concept de la musique populaire et l’un des premiers disques pop parus en 33 tours 30 cm. Voici le contexte, les formats d’origine, une écoute guidée des deux faces et l’édition à choisir pour l’entendre aujourd’hui.
Dans quel contexte Sinatra enregistre-t-il cet album ?
Sinatra signe chez Capitol en 1953. L’année suivante, il remporte l’Oscar pour Tant qu’il y aura des hommes (From Here to Eternity). In the Wee Small Hours est son troisième album studio pour le label, après Songs for Young Lovers et Swing Easy!, tous deux de 1954, selon le communiqué de Blue Note et la fiche Discogs de l’album.
Le producteur est Voyle Gilmore. Détail que relève Discogs : son nom figure sur les rééditions, pas sur les premiers tirages. L’arrangeur et chef d’orchestre est Nelson Riddle.
À sa sortie, le disque monte jusqu’à la 2e place du classement des albums de Billboard. En 1984, il entre au Grammy Hall of Fame, premier album de Sinatra à y être admis.
Retenez la place de l’album dans la série Capitol : le troisième, un disque de ballades nocturnes dont les notes de pochette d’origine promettent « the loneliest early morning mood in the world ».
Deux 25 cm, des 45 tours, puis un 30 cm
Le format d’origine compte autant que la musique, parce qu’il explique le découpage du programme. Capitol publie d’abord l’album en avril 1955 sous forme de deux 33 tours 25 cm (Part 1 et Part 2, références H 1-581 et H 2-581), de huit titres chacun, ainsi qu’en coffrets de 45 tours. Peu après vient le 33 tours 30 cm, référence W-581, qui réunit les seize titres. Discogs note que c’est l’un des premiers disques pop édités en 30 cm, format jusque-là réservé surtout au classique.
| Édition | Année | Référence | Format | Ce qu’il faut savoir |
|---|---|---|---|---|
| Part 1 et Part 2 | 1955 | H 1-581, H 2-581 | deux 25 cm, mono | huit titres chacun, étiquettes violettes |
| Album complet | 1955 | W-581 | 30 cm, mono | seize titres, étiquettes grises « Long Playing » |
| Réédition abrégée | 1963 | DW-581 | 30 cm, « Duophonic » | douze titres seulement, pochette modifiée |
| CD | 1987 | CDP 7 46571 2 | CD | quinze titres, sans « Last Night When We Were Young » |
| CD remastérisé | 1998 | 72434 94755 2 6 | CD | seize titres, dates de séances dans le livret |
| Blue Note Tone Poet | 2025 | W-581 / 602478450242 | 30 cm 180 g, mono | gravé depuis les bandes analogiques d’origine |
Le piège est dans les lignes 3 et 4. Discogs indique qu’en 1962 l’album a été ramené de seize à douze chansons, et le pressage « Duophonic » de 1963 reprend ce programme raccourci. Le CD de 1987 est lui aussi abrégé.
Vérifiez le nombre de titres au dos avant d’acheter un exemplaire ancien : seize, ou ce n’est pas l’album complet.
Les séances : Hollywood, Nelson Riddle et un petit groupe
Les notes de la réédition Tone Poet, reproduites sur Discogs, situent l’enregistrement aux studios Capitol (« KHJ ») de Melrose Avenue, à Hollywood, les 1er mars 1954, 8, 16 et 17 février 1955 et 4 mars 1955. L’ingénieur du son est John Palladino.
Le livret du CD de 1998, tel que décrit sur Discogs, répartit les titres par séance. Le 8 février 1955 donne quatre titres d’un coup : « Glad to Be Unhappy », « Can’t We Be Friends? », « I’ll Be Around » et « Dancing on the Ceiling ». Ce sont justement les quatre que la fiche d’Everything Jazz range à part, avec la guitare de George Van Eps au premier plan : une formation réduite, loin du grand orchestre à cordes du reste du disque. Le titre d’ouverture date du 17 février 1955, ce que confirme aussi uDiscover Music.
Au piano, Bill Miller, avec qui Sinatra répétait les chansons avant les séances. Harry « Sweets » Edison (trompette) et Skeets Herfurt (saxophone alto) figurent parmi les solistes.
Écoutez les quatre titres du 8 février à la suite : c’est le disque dans le disque, un Sinatra presque en club.
Écoute guidée de la face A
Le tableau suit l’ordre du 30 cm d’origine. Les auteurs sont ceux de la page officielle Sinatra.
| # | Titre | Auteurs | À écouter |
|---|---|---|---|
| A1 | « In the Wee Small Hours of the Morning » | Dave Mann, Bob Hilliard | célesta, flûtes et cordes aiguës posent le décor |
| A2 | « Mood Indigo » | Duke Ellington, Irving Mills, Barney Bigard | les vents légers d’Ellington, avant la voix |
| A3 | « Glad to Be Unhappy » | Richard Rodgers, Lorenz Hart | petit groupe, guitare de Van Eps |
| A4 | « I Get Along Without You Very Well » | Hoagy Carmichael | l’ironie du titre portée sans appuyer |
| A5 | « Deep in a Dream » | Jimmy Van Heusen, Eddie DeLange | les cuivres en choral sous la voix |
| A6 | « I See Your Face Before Me » | Arthur Schwartz, Howard Dietz | le tempo le plus lent de la face |
| A7 | « Can’t We Be Friends? » | Kay Swift, Paul James | petit groupe ; la chanson ouvre aussi Ella and Louis (1956) |
| A8 | « When Your Lover Has Gone » | Einar Aaron Swan | une chanson déjà enregistrée par Sinatra |
La chanson-titre était neuve : d’après uDiscover, Dave Mann l’a présentée à Sinatra et Riddle à New York fin 1954, et Sinatra en a fait le thème de l’album. Sur ce titre comme sur « I’ll Never Be the Same », l’accompagnement repose surtout sur le célesta, les flûtes et les cordes dans l’aigu, selon Everything Jazz.
« When Your Lover Has Gone » n’est pas une découverte pour lui : il l’avait enregistrée en 1944 pour un V-Disc, rappelle uDiscover. À l’écoute, c’est l’une des plages où il retient le plus la voix, sans jamais forcer la fin des phrases.
Commencez par A1, A3 et A8 : l’ouverture, le petit groupe et la chanson que Sinatra connaissait déjà, trois façons de chanter la même nuit.
Écoute guidée de la face B
| # | Titre | Auteurs | À écouter |
|---|---|---|---|
| B1 | « What Is This Thing Called Love? » | Cole Porter | la voix qui descend jusqu’à un mi grave |
| B2 | « Last Night When We Were Young » | Harold Arlen, E. Y. Harburg | ouverture harpe et cordes |
| B3 | « I’ll Be Around » | Alec Wilder | petit groupe, célesta |
| B4 | « Ill Wind » | Harold Arlen, Ted Koehler | le solo d’alto de Skeets Herfurt |
| B5 | « It Never Entered My Mind » | Richard Rodgers, Lorenz Hart | le troisième Rodgers et Hart du disque |
| B6 | « Dancing on the Ceiling » | Richard Rodgers, Lorenz Hart | petit groupe |
| B7 | « I’ll Never Be the Same » | Matty Malneck, Frank Signorelli, Gus Kahn | célesta, flûtes, cordes aiguës |
| B8 | « This Love of Mine » | Sol Parker, Henry Sanicola, Frank Sinatra | une chanson cosignée par Sinatra |
« Last Night When We Were Young » s’ouvre sur la harpe et les cordes, et Sinatra y tient le même mi grave que sur « What Is This Thing Called Love? ». Elle mérite une écoute en deux temps : Sinatra l’a réenregistrée pour September of My Years (1965) avec Gordon Jenkins, et uDiscover juge la seconde version supérieure. Je conseille de garder celle de 1955 pour la fin, une fois l’album entier entendu, puis d’enchaîner sur celle de 1965.
« Ill Wind » est la plage où l’orchestre respire le plus : l’introduction en accords augmentés, puis l’alto de Skeets Herfurt. « This Love of Mine » ferme le disque sur une chanson que Sinatra avait cosignée et enregistrée dès 1941 avec l’orchestre de Tommy Dorsey.
Un jeu de piste pour les curieux : « Glad to Be Unhappy », « I’ll Be Around » et « I Get Along Without You Very Well » se retrouvent en 1958 sur Lady in Satin de Billie Holiday (Columbia), et la dernière figure aussi sur le 25 cm Chet Baker Sings (Pacific Jazz, 1954), d’après leurs fiches Discogs. La comparaison fait de bons travaux pratiques pour qui s’intéresse aux standards ou au travail des voix.
Écoutez B2 puis la version de 1965 : dix ans d’écart sur la même chanson, c’est la meilleure leçon de phrasé du disque.
Quelle édition écouter aujourd’hui ?
Ma recommandation tient en une règle : le programme complet de seize titres, en mono. L’album a été conçu et publié en mono en 1955 ; la stéréo « Duophonic » de 1963 est une version retraitée et raccourcie.
En vinyle, la réédition Blue Note Tone Poet parue le 14 novembre 2025 coche les cases : produite par Joe Harley, gravée par Kevin Gray chez Cohearent Audio depuis les bandes analogiques d’origine, pressée à 180 g chez RTI, en mono d’après Discogs et le test d’Audiophilia, avec des photos de séance de William Claxton et Ken Veeder.
In the Wee Small Hours (Tone Poet, 2025) · Frank Sinatra
vinyle
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En CD, le remastering Capitol de 1998 (72434 94755 2 6) contient les seize titres et un livret qui date les séances. Évitez le CD de 1987, abrégé à quinze titres.
In the Wee Small Hours (CD 1998) · Frank Sinatra
CD
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Pour aller plus loin sur les critères de choix, voir vinyle ou CD pour le jazz vocal, et pour situer l’album parmi d’autres, la discothèque idéale du jazz vocal.
Choisissez une édition à seize titres en mono, Tone Poet en vinyle ou Capitol 1998 en CD.
L’essentiel
- Capitol, avril 1955, arrangements et direction de Nelson Riddle, production de Voyle Gilmore.
- Enregistré aux studios Capitol (KHJ) de Hollywood, du 1er mars 1954 au 4 mars 1955.
- Paru d’abord en deux 25 cm de huit titres, puis en un 30 cm W-581 de seize titres.
- Quatre titres en petit groupe, tous du 8 février 1955 : A3, A7, B3, B6.
- Grammy Hall of Fame en 1984, premier album de Sinatra admis.
- Méfiez-vous des éditions abrégées (1963 Duophonic, CD de 1987).
Seize chansons, une seule heure de la nuit : écoutez-le d’une traite, lumière éteinte, et gardez la face B pour la fin.
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C
Claire
Claire, chanteuse amateur, fréquente les clubs de jazz parisiens et collectionne les enregistrements des standards.


